Alerte absolue – Océans

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Enveloppant 70% du globe, l’océan est le pigment du beau costume bleu de la Terre, altéré par un réchauffement galopant. Aux pôles, le manteau glacé de la cryosphère, soit 10% de notre planète, fond et se craquèle. Publié le 25 septembre 2019, le dernier rapport du GIEC fait le point sur ces deux composants du système climatique intimement liés, ne serait-ce que par le cycle de l’eau. Émanant d’une centaine d’auteurs internationaux et compilant plus de 7000 études scientifiques, l’étude dresse un état des lieux profondément alarmant : la cryosphère et les océans sont en péril alors qu’ils sont indispensables à la vie sur Terre.

Nous n’écrirons ici que très peu de chiffres – ils sont quasiment tous en zone rouge – sauf ceux-ci, reflets de l’importance de cet océan qui, à lui seul, fournit 50% de l’oxygène que l’on respire, absorbe en moyenne un quart des émissions totales de CO2 depuis les années 80 et capture plus de 90% de l’excès de chaleur produit par ces émissions. En tout, 670 millions de personnes vivant dans des régions de haute montagne et 680 millions vivant dans des zones côtières à faible élévation dépendent directement de ces systèmes. Quatre millions de personnes sont établies dans l’Arctique et 65 millions dans de petits États insulaires en développement.
Selon le GIEC, « Toutes les personnes sur Terre dépendent directement ou indirectement de l’océan et de la cryosphère ». Et tous deux s’acheminent vers une lente agonie, qui deviendra nôtre si nous n’agissons pas.
Rappelons à cet égard combien les outils spatiaux sont de précieux alliés, le GIEC s’est d’ailleurs appuyé sur de nombreuses données altimétriques spatiales ainsi que sur l’expertise du CNES et du LEGOS (Laboratoire d’Études en Géophysique et Océanographie Spatiales).

Toutes les glaces fondent, qu’il s’agisse des calottes polaires et des glaciers. Si cette fonte généralisée accélère la hausse du niveau des mers, le recul des glaciers modifie le débit des rivières et se répercute de fait sur la ressource en eau mais aussi sur les risques naturels comme les avalanches et les crues.
Même le permafrost dégèle, libérant de grandes quantités de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, avec pour effet d’alimenter le réchauffement global.
L’eau se réchauffe et la vie marine suffoque. L’océan va continuer à se réchauffer avec, comme sur terre, des canicules plus fréquentes et intenses qui perturbent les écosystèmes (tout particulièrement les précieux massifs coralliens) mais également les courants marins, avec pour conséquence de favoriser des phénomènes climatiques extrêmes sur Terre. Ajouté à cela, si l’océan absorbe un quart des émissions de CO2, celui-ci, une fois dissout, se transforme en acide carbonique qui affecte, entre autres, la reproduction des poissons. Entre chaleur, acidité et désoxygénation, sans parler de la pêche, la désertification de l’océan est une triste réalité en action.
La mer monte : alimentée par la fonte des glaces et sous l’effet de la dilatation de l’eau chauffée de l’océan, les océans grignotent les continents et fragilisent leurs côtes. Dévastés par des évènements violents ou lentement submergés par des eaux salées qui affectent les sols et les ressources d’eau douce, certains littoraux pourraient devenir inhabitables.
Les phénomènes climatiques extrêmes gagnent en force et en récurrence, comme les ouragans, qui s’épanouissent d’autant mieux que l’eau est chaude. Portés par un océan plus haut qu’avant, ce type d’évènements est plus dévastateur quand il touche les terres, où il s’invite plus profondément. Sans compter qu’un océan plus chaud est aussi la promesse de pluies diluviennes… A contrario, le ralentissement des grands courants marins favoriserait la diminution des précipitations dans certaines zones comme le Sahel.
Il est urgent de limiter les émissions de gaz à effet de serre. Si le rapport amène, comme toujours, des pistes pour enrayer la situation, les scientifiques appellent à l’urgence de se décider. Selon Jean-Pierre Gattuso, directeur de recherche sur les océans au CNRS et coauteur du rapport, « Avec une action ambitieuse, le pire peut être facilement évité ».

Pour en savoir plus :
Selon le rapport du Giec, océans et glaces plus que jamais menacés – Libération le 25 septembre 2019
L’espace au service du climat, le GIEC s’appuie sur l’étude satellitaire de l’océan; – CNES le 26 septembre 2019
L’alarme du GIEC sur un océan en surchauffe – Le Monde le 26 septembre 2019
Océan et cryosphère : que retenir du rapport spécial du Giec ? – Futura Sciences le 28 septembre 2019

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