Monde – Les algues, sources de « carbone bleu »

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Dans la jungle accablante des études sur le changement climatique, il en est une porteuse non pas d’une bouffée d’air pur mais d’eau fraîche. Son sujet : les algues, seul type de forêt qui ne brûle pas, dotées d’une excellente capacité à stocker le carbone mais aussi à limiter l’acidification et désoxygénation des eaux, ainsi que d’autres impacts marins du réchauffement climatique.
Si l’algoculture est déjà pratiquée (essentiellement en Asie), celle-ci demeure à une échelle restreinte pour servir l’alimentation, les produits pharmaceutiques et les cosmétiques.
Produite par des scientifiques de la vie marine à l’université de Santa Barbara (Californie, USA), cette étude quantifie pour la première fois la capacité globale de l’algoculture à grande échelle pour contrebalancer les émissions terrestres de carbone et cartographier les régions propices. Selon les chercheurs, la culture d’algues sur seulement 0,001% des eaux propices du monde entier puis leur enfouissement en mer pourrait contrer l’ensemble des émissions de carbone d’un secteur industriel comme l’aquaculture, qui fournit à elle seule la moitié des denrées marines.

D’autres scientifiques réagissent à l’étude, qu’ils modèrent autant qu’ils soutiennent. En effet, s’ils rappellent que nous ne disposons pas encore de la technologie pour séquestrer les algues dans les profondeurs marines, ils considèrent qu’il existe d’autres méthodes plus performantes et que le potentiel des algues est encore plus élevé que les estimations de l’étude. Selon eux, outre les aptitudes déjà énoncées, les algues absorbent l’excédent de nutriments, procurent un habitat à la vie marine et peuvent être transformées en biocarburant ou encore se substituer aux engrais agricoles dérivés du pétrole. Ajoutées à l’alimentation du bétail, elles pourraient également réduire de 70% le volume de méthane, puissant gaz à effet de serre, émis par les éructations des ruminants.

Mais alors, pourquoi l’algoculture est-elle encore si restreinte ? Selon les chercheurs, si une telle activité menée uniquement dans un but de séquestration du carbone n’est pas rentable à l’heure actuelle, il manque surtout un catalyseur qui fasse converger la demande et la production, ainsi qu’un paysage législatif apte à faciliter l’attribution des concessions et des licences nécessaires au développement de l’algoculture.

Pour en savoir plus :
Les forêts d’algues, un outil efficace contre le changement climatique – National Geographic le 5 septembre 2019

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