Une stratégie nationale pour atténuer le changement climatique

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Au nord de l’Afrique, le Maroc compte aux régions subissant déjà de forts impacts du changement climatique, notamment une forte diminution des précipitations. Devant concilier cette raréfaction de l’eau avec une demande croissante des besoins anthropiques, le Maroc s’appuie désormais sur l’information issue des techniques spatiales pour monitorer ses ressources hydriques : en mesurant les stocks d’une part, leur utilisation en agriculture de l’autre, et en détectant les sécheresses en formation.

À chaque échelle de besoins et de décisions, des indicateurs spatialisés permettent une évaluation objective des ressources disponibles et l’optimisation de leur usage. Ces outils ont été développés au Centre Royal de Télédétection Spatiale (CRTS), en collaboration avec le LMI-Trema de l’Université de Marrakech et l’Institut de recherche pour le développement (IRD, France). Des plateformes interactives ont également été développées pour faciliter l’accès à ces outils, afin que chaque acteur dispose d’informations pertinentes, à son niveau.

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L’eau, un défi mondial

L’eau est une ressource prioritaire. Plusieurs pays doivent, comme le Maroc, préserver et gérer leurs ressources hydriques, pour vivre au quotidien et se développer dans un climat plus sec.

3 indicateurs spatiaux pour optimiser la ressource en eau agricole

Le Maroc sollicite plusieurs satellites pour produire des informations scientifiques sur l’état des ressources en eau et leur évolution spatio-temporelle. Nourris de ces données spatiales, précises et récurrentes à long terme, des outils délivrent 3 grands indicateurs : la caractérisation des ressources en eau, le suivi de la sécheresse et le suivi de l’utilisation des ressources en eau agricole.

Ces indicateurs sont distribués à 4 niveaux d’utilisateurs : les agriculteurs, les offices de mise en valeur agricole, les agences de bassins, les ministères de l’eau et de l’agriculture.

22 milliards de m3 par an, soit environ 700 m3/habitant/an, les ressources naturelles en eau au Maroc sont parmi les plus faibles au monde.

« Les outils spatialisés mettent en évidence l’évolution spatio-temporelle des indicateurs suivis. Ce sont de véritables outils d’aide à la décision, qui permettent aux autorités d’intervenir et d’optimiser les ressources. »

Driss El Hadani - Directeur du CRTS, Rabat, Maroc

Caractérisation des ressources en eau

Alimenté par des satellites comme MODIS et TRMM, le modèle hydrique LDAS-MAROC (Land data assimilation system) permet de quantifier l’ensemble des ressources nationales. Sur un mois, une année et plus, il met en évidence les disparités entre régions et saisons.

© CRTS

Évolution mensuelle du bilan hydrique national durant l’année 2015/2016.

© Image : Copernicus Sentinel data 2016-2018 / Traitement : S. Gascoin (CESBIO/CNRS/IRD)

Suivi Sentinel-2 du manteau neigeux du Haut-Atlas, une précieuse ressource en eau.

© SMOS

Suivi de l’humidité en zone racinaire sur l’année 2014, par le satellite SMOS (40 km de résolution). L’outil DISPATCH affine cette estimation à l’échelle locale (1 km de résolution) en intégrant également les données des satellites MODIS.

Suivi de la sécheresse

La sécheresse est un phénomène récurent et de plus en plus intense au Maroc. Là encore, le CRTS combine plusieurs données satellites (MODIS, Proba-V, TRMM…) pour produire une cartographie mensuelle de l’état de la sécheresse à l’échelle nationale. Ce système est un outil d’alerte et d’aide à la décision pour les pouvoirs publics pour intervenir sur le territoire afin d’atténuer l’impact agricole et socio-économique de la sécheresse.

Utilisation des ressources à usage agricole

Pour optimiser les ressources en eau agricole, il est nécessaire de connaître la nature même des cultures, sur chaque parcelle. L’imagerie optique, comme ici avec le satellite Formosat, permet l’identification et le suivi des cultures © Image : NSPO / Traitement : LMI-Trema

Développé par le CRTS pour améliorer la productivité de l’eau, le projet IRRISAT-Maroc fournit aux acteurs de l’agriculture des indicateurs sur la consommation d’eau par l’irrigation. Utilisant plusieurs données satellite (Landsat, MODIS, VIIRS, Sentinel, Proba-V, ….), Irrisat analyse quotidiennement la consommation d’eau et la production agricole de chaque parcelle. Tandis qu’il permet aux gestionnaires d’évaluer la bonne utilisation de l’eau, une plateforme de dissémination (Web et SMS) informe les agriculteurs, ainsi que les gestionnaires institutionnels, sur l’état de stress hydrique de leurs cultures. Complémentaire, l’outil SAT-IRR (SATellite for IRRigation management) s’appuie sur les données Sentinel-2 pour préconiser aux agriculteurs dates et doses d’irrigation de leurs parcelles.

Mais en sécheresse, l’eau de surface ne suffit plus à irriguer les champs, il faut solliciter la nappe phréatique. En charge de la répartition de l’eau, l’Office de mise en valeur agricole peut compter sur SAMIR (Satellite Monitoring of Irrigation) pour suivre les différents stocks. Exemple, dans la plaine d’Haouz (2 800 ha), avec ces simulations des volumes d’eaux de surface et de ceux pompés dans la nappe.

Remerciements

Les applications ici présentées ont été développées par le Centre royal de télédétection spatiale du Maroc (LDAS, humidité du sol, suivi de la sécheresse et Irrisat) et le LMI-Trema (suivi du manteau neigeux, DISPATCH, SAT-IRR et SAMIR). Ce dernier est co-dirigé par l’Université de Marrakech et l’Institut français de recherche pour le développement, en partenariat avec le CESBIO.

  • Centre royal de télédétection spatiale (Maroc)
  • Laboratoire Mixte International ``Télédétection et Ressources en Eau en Méditerranée semi-Aride`` (Maroc)
  • Institut de recherche pour le développement (France)
  • Université Cadi Ayyad de Marrakech (Maroc)
  • Centre d'études spatiales de la biosphère (France)

Publications scientifiques