Fermer

ORENOS pour réduire la pollution lumineuse

Publié le 07/04/2026
Énergivore, l’éclairage nocturne possède en outre un terrible pouvoir de nuisance sur la biodiversité. Pour répondre aux nouvelles directives visant sobriété énergétique et protection de l’environnement, les collectivités ont besoin d’outils pour guider les stratégies à mettre en place. Le projet SCO ORENOS travaille pour elles.

Cette histoire se passe en Haute-Savoie. Pourquoi ? Parce-que ce département montagneux présente une riche diversité faunistique et floristique, mais subit de plus en plus de pressions liées à l’urbanisation, au développement économique et à la densification des infrastructures. Ces pressions ont toutes un point commun : l’éclairage artificiel qu’elles utilisent.

Dans ce contexte, le projet ORENOS vise à caractériser l’éclairage artificiel nocturne sur le territoire de la Haute-Savoie à partir d’imagerie satellitaire afin de permettre aux gestionnaires de parcs d’éclairage et aux décideurs locaux de prendre des actions d’adaptation, de rénovation ou d’extinction d’éclairage, dans le but de proposer un éclairage plus sobre, mieux adapté et moins nocif pour la biodiversité.

En France

  • L’éclairage représente 32% de la consommation électrique des collectivités (source ADEME 2017).
  • La Stratégie Nationale Biodiversité 2030 appelle à réduire la pollution lumineuse de 50% d’ici 2030.

Les impacts de l’éclairage et la réponse ORENOS

La majorité des animaux vivent la nuit et sont très affectés par un éclairage trop intense ou mal orienté. Cette pollution lumineuse réduit leur capacité à se nourrir, à se déplacer, à se reproduire, à se développer, à se protéger des prédateurs. Si l’on pense aisément aux insectes qui bloquent tout leur cycle et leurs déplacements autour d’un lampadaire, aux oiseaux et aux chauve-souris qui sont désorientés par ces "faux" signaux lumineux, le sur-éclairage perturbe également le cycle phénologique des végétaux et pourrait avoir des impacts sur la santé humaine. À l’heure où nous vivons une crise majeure d’extinction des espèces, il y a donc urgence à agir.

Mis en œuvre par le Cerema et La TeleScop en partenariat avec le Syane (syndicat des énergies et du numérique en Haute-Savoie), le projet prévoit le développement de plusieurs indicateurs :

  • indicateurs de pression de l’éclairage sur la biodiversité,
  • indicateurs de qualité des éclairages artificiels, à l’intention du Syane.

 

► Indicateurs ORENOS. © Cerema, généré par IA

Orenos indicateurs

L’imagerie satellitaire nocturne pour caractériser l’éclairage

Dans une démarche innovante, ORENOS utilise les images nocturnes du satellite chinois SDGSAT-1, gracieusement mises à disposition par le CBAS (International Research Center of Big Data for Sustainable Development Goals) pour les objectifs du projet. ORENOS travaille tout particulièrement sur la radiance extraite de ces images, c’est-à-dire le flux lumineux réfléchi par les surfaces au sol et perçu par le satellite.

Orenos image SDGsat

Orenos radiance extraite

▲ Image SDGSAT à gauche (© CBAS) et sa radiance extraite à droite (© Cerema).

👉 Plusieurs méthodes et algorithmes de pré-traitement de ces images satellitaires nocturnes à 10 mètres de résolution ont été développés par le consortium, avec des outils et avis techniques du CNES. En particulier, l’extraction des tâches lumineuses permet de caractériser les zones éclairées et de débruiter* l’image.

* Le bruit est un effet parasite poivre et sel présent sur les images, surtout visible lorsque le signal est faible. Pour ne pas confondre ce bruit avec de "vraies" installations lumineuses, il est nécessaire de le filtrer, objectif du débruitage.

 

Orenos debruitage

▲ Segmentation de l’image SDGSAT-1 panchromatique en taches lumineuses (bleu) et débruitage (rouge). © CBAS

👉 Les séries temporelles d’images SDGSAT-1 prétraitées sont ensuite exploitées pour construire différents indicateurs de qualité de l’éclairage, définis en collaboration avec le Syane : distinction des contributions publiques et privées à l’éclairage nocturne, localisation des principaux contributeurs, statistiques de radiance à l’échelle communale, masquage potentiel des points lumineux par la végétation ou des bâtiments, distinction des types de sources, etc. Certains indicateurs utilisent la base de données d’éclairage public du département en complément de l’imagerie. 

👉 Une deuxième série d’indicateurs analysant la pression de l’éclairage artificiel sur la biodiversité est également produite, en mobilisant différentes bases de données externes : occupation du sol, continuités écologiques, données règlementaires et d’inventaires, données d’espèces (chiroptères).

 

► Indicateur de pression de l’éclairage sur la biodiversité rapporté aux continuités écologiques. Un pic de radiance (point noir) qui apparait dans un corridor ou une réserve traduit un lieu où intervenir en priorité.

Orenos radiance et corridors

🛰 D’autres analyses exploratoires sont menées afin d’améliorer la compréhension du signal capté par les satellites nocturnes : l’impact de la Lune, du flickering (scintillement très rapide des luminaires), de la variation saisonnière de la couverture végétale, et de l’albédo (pouvoir réfléchissant) du sol. Sur ce dernier point, une étude spécifique est menée grâce à des images satellitaires diurnes à très haute résolution (Pléiades et SPOT-6) et des mesures in situ d’albédo.

Désormais sur la dernière ligne droite, le Cerema et la TeleScop définissent la meilleure façon de restituer les indicateurs produits pour le Syane. Objectif : fournir un outil d’aide à la décision concret, ergonomique et facilement mobilisable pour les acteurs de terrain. Plusieurs réunions de concertation et de présentation du service sont prévues, rendez-vous avant la fin de l’année pour découvrir la solution mise en place !

Pour en savoir +

  • 🎥 Replay de la présentation d’ORENOS en Trimestrielle des projets SCO par Emma Bousquet, pilote du projet pour le Cerema.
  • N’hésitez pas à contacter l’équipe projet pour connaître ses prochaines interventions. En 2025, ORENOS a été présenté lors de différents colloques dont l’ESA Living Planet Symposium, les GeoDataDays et la conférence Artificial Light At Night.