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ALISE : les côtes du Sénégal sous surveillance

Publié le 28/07/2026
À Bargny, la mer avance pendant que l’activité économique recule, poussant des jeunes à prendre les pirogues vers l’Europe, au péril de leur vie. Car ici, des maisons du front de mer ne restent que des ruines suspendues au-dessus des vagues. Au Sénégal, ce sont tous les littoraux qui ont besoin d’outils pour décider comment freiner la hausse de l’eau et s’adapter. L’équipe SCO ALISE y travaille ardemment.

Au cœur des enjeux humains

Au Sénégal, le trait de côte et la mer avancent à un rythme inquiétant. Parmi les hot spots actuels figure en premier plan la Commune de Bargny, confrontée à un double défi : 

  • Un recul du trait de côte corrélé à une avancée de la mer de plus de 100 m en 70 ans, avec la destruction de maisons et d’édifices publics, aujourd’hui sous la mer ;
  • Un déclin des activités économiques marqué par la rareté de la ressource halieutique et la destruction des espaces de travail pour les pêcheurs et les femmes transformatrices des produits de la mer.
► Dans cette vidéo réalisée par Litto3D, les habitants de Bargny nous montrent leur réalité quotidienne, expliquant notamment que cette situation contribue à l’immigration clandestine des jeunes de la commune vers l’Europe, des témoignages forts qui rattrapent les actualités des journaux télévisés en Europe.

Bargny n’est pas un cas isolé : tous les littoraux du Sénégal vivent ces changements, une vulnérabilité accrue par une urbanisation rapide. Pour agir, il faut voir où le trait de côte est le plus vulnérable et promouvoir les meilleures solutions de gestion pour une adaptation durable face à l’avancée de la mer.

Pour tout cela, le projet SCO ALISE développe une solution numérique et technologique innovante de gestion du trait de côte, de prévention des risques liées à l’avancée de la mer et de planification durable du l’occupation de l’occupation de la côte sénégalaise. Piloté par l‘Université de Rouen, le projet se déroule en étroite collaboration avec le bureau d’études Litto3D dont l’expertise terrain est indispensable. Bénéficiant des travaux des projets SCO OSS St Louis et WACA-VAR, l’outil s’annonce particulièrement complet.

Au bénéfice des ministères sectoriels et des communes côtières, le projet SCO ALISE est une initiative franco-sénégalaise parfaitement alignée à l’Agenda National de Transformation « Sénégal 2050 », notamment en son axe 3 « Aménagement durable du territoire et résilience écologique ».

 

Identifier les zones les plus vulnérables

Soumis à la hausse du niveau marin et à l’assaut des vagues, le littoral s’érode avant de se faire engloutir par l’eau, d’autant plus quand la topographie est basse. Pour identifier les zones du littoral les plus à risque, ALISE développe, à partir d’images satellitaires, un indice CVI de vulnérabilité côtière (recul du trait de côte) et un indice FVI d’inondation suite à un évènement extrême. En croisant ces indices avec des informations socio-économiques (nombre d’habitants, réseau routier, infrastructures, activité de pêche et de tourisme…), le système calcule un indice multirisque de vulnérabilité. « Nous travaillons à la "maille" des images satellites, c’est à dire à petites échelles régionales, car on se rend compte, et on le voit dans le film, qu’il faut intégrer les spécificités des territoires pour répondre aux besoins des gestionnaires locaux » souligne Julien Deloffre, pilote du projet à l’Université de Rouen.

ALISE CVi et FVI

▲ CVI, indice de vulnérabilité à l’érosion côtière à gauche, et FVI, indice d’inondation en cas d’évènement extrême (tempête) à droite. Bien que ces indices soient en cours de développement, ces premiers résultats montrent qu’un CVI fort ne correspond pas forcément à FVI fort, en témoigne la portion haute du littoral ci-dessus : à gauche, l’érosion est globalement forte tandis qu’à droite, le risque d’inondation est faible. Cela s’explique par le fait que cette partie est majoritairement composée de dunes de sable, que la mer grignote peu à peu, sans parvenir à surmonter leur hauteur de 30 à 40 mètres. © ALISE

Dans le milieu complexe de l’estuaire du fleuve Casamance, l’équipe a testé et validé l’utilisation des données satellitaires SWOT. (Re)découvrez notre actu du 21 octobre 2025, ALISE valide SWOT pour les modélisations hydrodynamiques microtidales.

Comprendre ce qui se passe en mer

Comme l’évoquent les habitants de Bargny à plusieurs reprises dans la vidéo, ils redoutent désormais chaque année le mois d’août. Pour en avoir le cœur net, l’équipe a analysé les données hydrodynamiques ERA5 en termes de hauteur et de direction des vagues depuis 1940. ERA5 est un ensemble de données de surveillance du climat produit par le Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme ECMWF dans le cadre du Copernicus Climate Change Service (C3S).

« On observe un net changement du régime de houle à partir de 1973-1974, avec des évènements que l’on pourrait qualifier de tempêtes » résume le cabinet Litto3D. « Cela se traduit par une tempête annuelle désormais, contre une tous les cinq ans auparavant, avec des hauteurs de vagues plus importantes : + 7 cm à Saint Louis, + 11 cm à Dakar et en Casamance » poursuit-il.

👉 Grâce à ces travaux, l’équipe développe un outil de détection de tempêtes.

Restituer le tout aux gestionnaires locaux via un portail en ligne

La plateforme opérationnelle COASTGIS est en cours de développement. Conçue comme un tableau de bord d’aide à la décision, elle propose de nombreuses fonctions :

  • Cartographies multirisques ; chaque commune pourra notamment générer sa propre carte du trait de côte entre deux dates avec les graphiques d’évolution.
  • Disposition et efficacité des ouvrages de protection existants, comme les brise-lames.
  • Identification des hotspots d’érosion.
  • Alertes aux tempêtes et submersions avec sms à la population.
  • Projections dans les années futures pour visualiser l’évolution attendue du trait de côte et/ou simuler l’efficacité de projets de protection.

La plateforme sera officiellement lancée en fin d’année 2026 et améliorée avec les retours utilisateurs, dont la commune de Bargny. Pour le Professeur Issa SAKHO, qui a reçu le vif engouement des gestionnaires côtiers à la présentation de l’outil à la Senegal Space Week, ALISE est en mesure de soutenir la mise en œuvre d’un Observatoire du Littoral au Sénégal. À suivre ! 

► Démonstration de la future plateforme COASTGIS. © Litto3D