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Forêts en souffrance : SCOup et Clic’Forest passent à l’action

Publié le 30/10/2026
Si la déforestation et les incendies sont les maux les plus frappants à l’encontre des forêts, il en est un autre, plus insidieux, qui commence à être bien visible : le dépérissement. L’urgence est là et deux projets SCO sont à pied d’œuvre pour aider à suivre le phénomène par satellite afin de fournir aux gestionnaires forestiers les moyens de protéger nos forêts.

Vu par satellite, le dépérissement forestier d'une année à l'autre ne saute pas aux yeux humains. Mais analysée pixel par pixel, l’image lance l’alerte.

Une menace mortifère et grandissante

Entre parasites, maladies et manque d'eau favorisés par les sécheresses récurrentes, le dépérissement gangrène les forêts des zones dites - jusqu’ici - tempérées. En France métropolitaine, les forêts s’étendent sur plus de 17,5 millions d’hectares, soit presque un tiers du territoire. Et celles-ci sont absolument vitales : refuge d’une riche biodiversité, réservoir de ressources économiques majeures, mais aussi lieu de fraîcheur et de bien-être, les forêts sont également des puits de carbone indispensables. Mais avec l’accélération du changement climatique, le constat est sans appel : la mortalité des arbres est en forte hausse. 

9 % des arbres dominants en France sont altérés ou en état de dépérissement. [rapport IGN - octobre 2026]

Alors aujourd’hui, être gestionnaire forestier et pouvoir en assurer une gestion durable, c’est en quelque sorte être médecin des forêts. Ce qui implique de disposer de nouveaux outils pour :

  • Mieux comprendre la vulnérabilité des forêts face aux stress climatiques et environnementaux,

  • Détecter rapidement l’intensité et l’étendue du dépérissement des arbres,

  • Mettre en place des actions préventives ciblées.

SCOup et Clic’Forest, 2 projets complémentaires

Points communs

  • Labellisés SCO en 2025, SCOup et Clic’Forest utilisent les données Sentinel-1 (radar) et Sentinel-2 (optique) pour suivre le dépérissement forestier et le traduire en cartographies, vérifiées avec des données de terrain.
  • Les deux projets utilisent la méthode RECONFORT (prédiction de l’état sanitaire des chênes, châtaigniers et pins sylvestres en Centre Val de Loire) qui travaille à partir d’images Sentinel-2.
  • Associant laboratoires de recherche et sociétés privées, tous deux :
    • bénéficient de l’expertise scientifique du laboratoire P2E de l’Université d’Orléans, où a été développée la méthode RECONFORT ;
    • travaillent en étroite collaboration avec les mêmes utilisateurs finaux, dont l’ONF (Office National des Forêts) et le DSF (Département de la Santé des Forêts, service du ministère de l’Agriculture), ainsi que des coopératives forestières privées. Outre leur connaissance des forêts, ceux-ci sont des partenaires clés car fournisseurs de données in situ nécessaires à la calibration des modèles utilisant la donnée spatiale.

Spécificités

SCOup - Satellite Canopy Observation for forest Understanding and Protection

• Piloté par la société GlobEO.

•  Améliore la méthode RECONFORT et la généralise 1) à d’autres essences, et 2) à l’échelle nationale.

•  Introduit une méthode de détection de coupes rases pour éviter toute confusion avec du dépérissement.

Clic’Forest - Climate Change and Forest health

•  Piloté par la société TerraNIS.

•  Utilise les méthodes RECONFORT et FORDEAD (dépérissement des épicéas).

•  Étudie la vulnérabilité des forêts en fonction des variables climatiques et environnementales.

Où en sont-ils ?

🌲 La vérité terrain

Sans mesure terrain et compétences métiers, l'image satellite seule n'est pas suffisante. Aussi les deux projets ont œuvré à renforcer leurs bases de données terrain.

👉 Une campagne de terrain commune

En 2026, les deux équipes ont mené conjointement une importante campagne de mesure sur une centaine de placettes dans plusieurs lieux de France, dont 22 relevées spécifiquement pour SCOup. L’enjeu : acquérir une connaissance de première main de l’état des peuplements et enrichir les jeux de données existants. 

 

► L’équipe SCOup en forêt le 31 mars 2026, où l’on voit que les arbres, en manque d’eau et assaillis par des ravageurs, grisonnent anormalement.

SCOup campagne forêt

👉 Dix ans d’observations rassemblées

En parallèle, pour situer l’état actuel des forêts dans une évolution de long terme, chaque projet a récupéré et harmonisé les observations de terrain réalisées entre 2017 et 2026 par les gestionnaires forestiers et les services de l’État, dans le cadre de chartes d’utilisation signées avec chaque fournisseur. SCOup dispose ainsi d’une base de 10 600 placettes couvrant l’ensemble du territoire. Clic’Forest travaille sur près de 9 800 placettes situées dans différentes régions de France, complétées par des séries de relevés répétés d’année en année, comme ceux du réseau national RENECOFOR.

🛰️ Modèles de détection du dépérissement et premières analyses

SCOup

  • Production des premières cartes de dépérissement après entraînement de son propre modèle sur l’ensemble du jeu de données.

 

► Carte de dépérissement dans une zone à proximité de Clermont-Ferrand d’après les images Sentinel-2. © Copernicus Sentinel-2 Imagery / Traitement : GlobEO

SCOup 1° carte deperissement
  • Transposition en cours du modèle RECONFORT à l’échelle nationale, toutes essences confondues.

  • Premières combinaisons des détections de dépérissement avec des détections de coupes rases, ce dernier modèle ayant été développé par GlobEO à partir de données Sentinel-1.

À venir pour SCOup :

  • Développer deux modèles distincts feuillus et conifères, voire par essence.

  • Appliquer la méthodologie dépérissement + coupes rases à l’échelle nationale.

  • Développer un outil en ligne avec les cartes et statistiques annuelles par commune, département, région, et pour toute la France métropolitaine. L’outil sera hébergé par l’IDS THEIA et la plateforme de l’Observatoire Français des Forêts.

Clic’Forest

  • Production des premières cartes de classification des essences clés (chênes, châtaigniers, hêtres, pins, épicéas) à partir d’images Sentinel-2, validées grâce aux données terrain.

  • Développement d’une chaine de traitement pour la prédiction du dépérissement inspirée de l’approche RECONFORT.

  • Création de deux catalogues listant les paramètres climat et sol liés au dépérissement forestier. L’équipe a alors pu entamer une étude préliminaire de cadrage sur 68 placettes (figures ci-dessous) pour définir la force du lien entre contraintes climatiques et passage en dépérissement sur 3 essences.

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▲ Force du lien entre 5 variables climatiques et le passage en dépérissement de 3 essences. L’on constate 1/ que le hêtre réagit plus fort que les deux autres sur presque tous les thèmes, et 2/ que la température hivernale ressort en tête pour le chêne et le hêtre tandis que l'épicéa/sapin est plutôt vulnérable à la chaleur estivale. © TerraNIS

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▲ Considérant ici le lien entre la durée d’accumulation de la chaleur estivale et le dépérissement, il apparait que l’épicéa/sapin réagit fortement dès la première année puis devient moins sensible, tandis que la réaction du chêne va crescendo dans le temps. Le hêtre est intermédiaire. © TerraNIS

À venir pour Clic’Forest :

  • Croiser les cartes de dépérissement avec les facteurs climatiques et de sol pour faire émerger les principaux liens, puis développer des modèles prédictifs pour produire des cartes de vulnérabilité.

  • Développer un outil en ligne d’analyse multicritère, permettant de visualiser le dépérissement et les risques à différentes échelles (une version pro pour les utilisateurs et une version simplifiée en accès libre).

  • Préparer l’extension à d’autres régions et d’autres essences, pour la détection du dépérissement comme pour l’analyse de la vulnérabilité.

Un enjeu mondial, des outils à partager

🪾 Le dépérissement forestier touche de nombreux pays, dont toute l’Europe. Gageons que ces outils développés en France contribueront à mieux protéger les forêts au-delà de nos frontières. 🌳