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Tête à tête avec le BRGM

Publié le 30/04/2021
Le mot « terre » traduit à la fois notre planète, son sol, son sous-sol, sans oublier les fluides qu’il contient. Autant de connaissances et de compétences que développe le BRGM, et qu’il partage au sein du SCO France. Découvrons comment cet établissement utilise les données spatiales avec Gilles Grandjean, Directeur du programme scientifique relatif aux risques naturels et résilience des territoires au BRGM.

En tant que membre du CIO, comment percevez-vous le SCO France ?

Gilles Grandjean : Je définis le SCO France comme un réseau national ayant pour vocation de rassembler la communauté scientifique, les autorités publiques et les entreprises sur des objectifs en accord avec les grands sommets internationaux comme les One Planet Summits. J’ai ressenti dans l’appel à projets et dans l’évaluation des propositions soumises, la volonté d’assurer un meilleur transfert des actions de R&D vers les utilisateur finaux publics et privés, d’agir comme un booster qui renforce la production de services climatiques pour les différents décideurs.

Gilles Grandjean © BRGM

Gilles Grandjean © BRGM

En quoi les données satellite profitent-elles aux travaux de vos équipes ?

G.G. : Selon moi, il y a eu un point de bascule quand, il y a 15 ans, ont émergé des programmes comme Copernicus, qui ont permis de démocratiser l’imagerie spatiale. Aujourd’hui l’offre explose, notamment avec la famille de satellites Sentinel qui offre des données récurrentes, globales, optiques et radar. Nos chercheurs ne peuvent ignorer la production de telles données, qui sont en outre absolument fantastiques !

Au BRGM, nous utilisons la télédétection depuis 20 ans, d’abord appliquée à l’exploitation minière, puis aux problèmes environnementaux. Ensuite sont venues les problématiques de gestion des ressources en eau, des risques et de l’aménagement du territoire, des thématiques pour lesquelles les services de l’État notamment nous sollicitent. De fait, le BRGM exploite tous ces capteurs spatiaux pour développer des produits qui serviront au mieux les décisions publiques et industrielles : impacts de la montée du niveau marin, analyse des dommages post crise, identification des mouvements du sol – tectoniques, glissements de terrain ou retrait/gonflement des argiles... Les sujets ne manquent pas pour exploiter l’imagerie spatiale ! Nourris de ces données, les outils vont pouvoir apporter une vision beaucoup plus spatialisée et intégrée d’indicateurs, notamment en termes de stratégies d’adaptation aux changements globaux, et donc climatiques.

Quel est le rôle du BRM dans le projet Littoscope, particulièrement emblématique de la démarche SCO ? Quel y est l’intérêt des données satellite ?

G.G. : Dans ce projet mené aux côtés de CLS, nous avons pu modéliser numériquement les aléas de submersion marine de façon très précise sur deux sites côtiers : Gâvres et Palavas-les-Flots. Le BRGM a contribué à déterminer comment utiliser cette information pour anticiper de futurs évènements extrêmes et à construire un outil de diffusion Internet pour donner un accès grand public à ces résultats de recherche.

Les données satellites ont été mises à profit de plusieurs façons, à commencer par l’altimétrie pour le niveau de la mer et l’imagerie optique pour mesurer le relief de surface. Mais si l’on veut mieux évaluer les phénomènes de submersion futurs, nous devons prendre en compte à la fois l’effet tempête, la remontée générale du niveau des eaux - qui accroit l’impact de la submersion -, et le fait qu’une zone côtière peut s’enfoncer lorsqu’elle pompe de l’eau dans son sous-sol. Dans ce dernier cas, le sous-sol subit une contraction qui engendre en surface un léger mouvement vertical de toute la zone, ce qui est mesurable par interférométrie radar. Ce mouvement vertical n’étant pas relatif à une activité tectonique ou géologique, nous pouvons en dériver l’intensité du pompage et du captage d’eau. Une étude sur Manille montre particulièrement bien cette utilisation du satellite :

Carte DInSAR mouvements du sol à Manille

Cartes de vitesse du mouvement du sol à Manille (Philippines). L’interférométrie radar révèle qu’une augmentation du taux de subsidence (affaissement de la surface de la croûte terrestre) apparaît entre 1995 et 1998 dans la partie nord de la ville, probablement due au pompage des eaux souterraines. [extrait de l’étude du mouvement sol urbain par DInSAR de 1993 à 2010] © BRGM/LIENSs

Avez-vous participé au second appel à projets français ?

G.G. : J’ai participé pour la première fois au comité de labellisation, en l’occurrence pour évaluer quatre projets, et j’ai trouvé ce processus très vertueux. En effet, les nombreux échanges visio du comité de labellisation ont permis une réelle co-construction avec les équipes, les remarques émises ayant pour unique but de faire évoluer chaque proposition afin que le projet prenne plus d’ampleur ou se repositionne sur des objectifs plus ciblés.

Au titre de ce millésime 2021, le BRGM s’est positionné sur Stock Water et Space4Irrig, deux projets consacrés à une meilleure gestion de la ressource d’eau douce. Pourquoi cette thématique récurrente de l’eau au BRGM ?

G.G. : Le BRGM s’occupe certes du sol et des roches, mais aussi de l’eau qui s’y trouve enfermée. Nous consacrons d’ailleurs l’un de nos huit programmes scientifiques de recherche à la gestion de la ressource en eau, domaine dans lequel le BRGM est devenu un acteur de référence. Nous sommes bien sûr très orientés vers la ressource souterraine mais cette dernière dépend aussi de l’interaction avec les eaux de surface, aussi devons-nous avoir une analyse globale du système. Nous étudions donc les nappes phréatiques, l’hydraulique des eaux de surface ainsi que l’interaction entre les eaux de surface et subsurface avec les nappes profondes. Pour cela, nous collaborons avec des établissements de recherche comme le CNRS et l’INRAE, ainsi que des services plus opérationnels comme Schapi (Service central d’hydrométéorologie et d’appui à la prévision des inondations). Lors de l’évaluation des projets SCO, le BRGM a donc choisi de soutenir ces deux projets car ils assureront un suivi des volumes d’eau stockés dans les nappes phréatiques (Space4Irrig) et dans les barrages (Stock Water).

Quel futur voyez-vous pour le SCO ?

G.G. : Selon moi, le SCO devrait être mieux reconnu en tant que label européen et international, de sorte que les propositions puissent accéder à des financements publics d’envergure. Je pense notamment aux appels d’offres de l’ANR (Agence Nationale de la Recherche), au programme cadre pour la recherche et l’innovation Horizon Europe, mais aussi à la possibilité de bénéficier de financements régionaux sous FEDER par exemple. Cela motiverait d’autant plus les équipes scientifiques à s’orienter vers l’exploitation de l’imagerie spatiale appliquée au changement climatique.

 

Service géologique national, le BRGM est l’établissement public de référence dans les applications des sciences de la Terre pour gérer les ressources et les risques du sol et du sous-sol dans une perspective de développement durable. Partenaire de nombreux acteurs publics et privés, le BRGM oriente son action vers la recherche scientifique, l’appui aux politiques publiques et la coopération internationale.