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Tête à tête avec le CEREMA

Publié le 03/03/2021
Implanté au cœur des territoires français, le Cerema possède une connaissance historique des problématiques et contextes locaux. Fort de son expertise transverse et pluridisciplinaire, il s’inscrit en appui aux politiques publiques et s’impose comme un acteur incontournable du SCO France. Selon Luc Mathis, Directeur délégué au numérique du Cerema, la France apporte au travers du SCO une dynamique apte à relever le défi de demain : partager méthodes et solutions opérationnelles à l’international, pour tous les territoires.

Le Cerema est le Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement. Quels sont selon vous les impacts du changement climatique contre lesquels il est urgent d’agir dans les territoires français ?

Luc Mathis : C’est un enjeu fort car ces impacts sont multiples et, malheureusement, aussi réels que concrets, exposant les populations à de nombreux risques. Nous pouvons citer l’augmentation des températures et du niveau des mers, les ilots de chaleur urbains, les inondations... Ces impacts génèrent des incidences en termes de sécurité, de continuité des activités économiques et des services publics, mais aussi de cohésion et d’équilibre des territoires. Ces derniers sont d’autant plus confrontés à ces changements que ces impacts se cumulent, portant le sujet à un stade extrêmement complexe, pluridisciplinaire et systémique.

Les impacts du changement climatique appellent donc des réponses à la fois thématiques et globales. C’est bien ici que le Cerema prend tout son sens : inscrite dans notre ADN, notre nouvelle boussole d’action consiste à accompagner les territoires avec une vision thématique mais aussi globale et très intégrée, de la prise de conscience jusqu’au choix de solutions les plus adaptées.

Cerema_Luc Mathis

Luc Mathis ©CEREMA

Le CEREMA a décidé d’adhérer au SCO France dès sa création en septembre 2019. Quel regard portez-vous sur cette initiative ?

L.M. : Un regard très positif ! Tout d’abord, le SCO est une initiative complémentaire par rapport à d’autres déjà existantes comme les infrastructures de recherche, le Plan d’applications satellitaires et les différents centres de ressources. Je pense notamment à celui de l’adaptation au changement climatique, développé à la demande du ministère par le Cerema, l’ONERC, l’Ademe et d’autres partenaires qui sont aussi membres du SCO France comme Météo-France. Alliance de compétences valorisant la science, la recherche et ses équipements autour d’un tropisme satellitaire, le SCO France incarne une dynamique collective résolument tournée vers l’opérationnel et les territoires. De plus, l’approche à différentes échelles est très intéressante pour transposer géographiquement les solutions.

« Alliance de compétences et d’expériences, le SCO se caractérise comme une impulsion pour inciter à la construction de projets très opérationnels et transposables pour apporter des solutions adaptées à tous les territoires. »
 

Vous citez le Plan d’applications satellitaires [2018-2022]. Quel rôle y tient le Cerema ?

L.M. : Le Plan d’applications satellitaires est une démarche portée par les ministères de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires pour favoriser l’appropriation par l’ensemble des acteurs, publics et privés, des nouveaux outils et données issus des technologies spatiales. En raison de ses compétences thématiques, le Cerema est forcément présent et moteur pour accompagner l’usage de ces applications satellitaires en appui aux politiques publiques. Si notre plus-value réside dans notre expertise métier avec un rôle de conseil, nous menons également une action volontariste en termes d’animation et de sensibilisation. En effet, en lien avec d’autres acteurs - notamment le CNES et l’IGN -, nous mettons en œuvre l’initiative Applisat. En appui au Plan d’applications satellitaire, il s’agit d’une plate-forme de sensibilisation et de partage pour faire connaître aux acteurs publics les usages des applications satellitaires et encourager leur développement.

Justement, comment s’implique le CEREMA dans le projet SatLCZ, labellisé SCO France en mars 2020 ?

L.M. : Le CEREMA pilote ce projet en lien avec Airbus Defense and Space dans l’objectif d’identifier les zones urbaines sensibles au phénomène d’ilots de chaleur urbains. L’idée consiste à développer, en s’appuyant sur les acquis de la recherche et de projets précédents, une méthodologie robuste et applicable à l’international de classification des zones urbaines en zones climatiques locales – les LCZ - à partir d’images satellite très haute résolution. Il s’agit de découper les territoires en zones homogènes au regard de leur comportement climatique, en utilisant uniquement la donnée satellitaire. Une fois opérée cette classification, il sera possible de mener des analyses de vulnérabilité des quartiers et calculer des indicateurs de sensibilité climatique. Cela permettra de choisir les bons leviers pour faire face aux ilots de chaleur et, globalement, mieux prendre en compte les effets climatiques dans les stratégies d’aménagement. Dès que nous aurons validé la méthode sur Lille, nous réaliserons des tests à l’étranger afin de la transposer à l’échelle mondiale, en l’adaptant aux spécificités de chaque territoire.

LCZ Nancy © Cerema

Classification (du tissu urbain) de la Métropole du Grand Nancy en Zones Climatiques Locales © Cerema

Sur quel(s) projet(s) vous êtes-vous positionnés pour le millésime 2021 ?

L.M. : Je souhaiterais ici évoquer Green Urban Sat, un projet dans la continuité de SatLCZ, conduit en partenariat avec des territoires et des acteurs de la recherche mais aussi une PME innovante. L’idée consiste cette fois à utiliser les satellites haute résolution pour définir des méthodologies d’évaluation quantitative et qualitative des services écosystémiques de la végétation urbaine. Autrement dit, nous voulons décrire finement la végétation en ville afin de voir ses effets, notamment ses bienfaits, au regard du changement climatique à l’échelle de l’agglomération.

En quoi les données satellites vont-elles compléter ce que vos équipes font déjà en matière de climat ?

L.M. : Avec un spectre thématique assez large, le CEREMA mène de nombreuses activités dans les métiers de l’adaptation au changement climatique des territoires : infrastructures de transport, mobilité, risques, aménagement, environnement, politiques littorales… Si l’expertise métier est irremplaçable, le spatial, de plus en plus employé, fait désormais partie de notre palette d’outils, avec l’intérêt d’offrir des données fréquentes sur de grandes zones d’étude. Nous avons besoin de monter en maturité sur cet aspect et le SCO est un levier pour y parvenir en nous aidant à développer divers outils - sur les risques, la gestion des milieux naturels, le suivi du littoral… - et des indicateurs, de surfaces perméables ou imperméables etc. Cela toujours dans l’objectif d’offrir des outils d’aide à la décision aux collectivités territoriales dans leurs stratégies d’aménagement ou d’adaptation.

Quel futur voyez-vous pour le SCO ?

L.M. : Le SCO va devoir transformer l’essai. Nous avons deux promotions de beaux projets, concrets, et la promesse du SCO doit s’incarner dans ces projets dans les mois et années à venir. Avec une dimension d’aide au développement, le sujet international est extrêmement fort. Les territoires les plus touchés sont souvent ceux qui n’ont pas la capacité d’y faire face et il est donc important d’avoir une large mobilisation. La France mène déjà des projets en partenariat, au Sénégal et en Amazonie par exemple. À présent, il va falloir que l’on diffuse et partage largement toutes nos méthodes pour transposer nos solutions opérationnelles à l’échelle internationale en les adaptant aux spécificités des territoires.

 

Le Cerema est un établissement public tourné vers l’appui aux politiques publiques pour la transition écologique et la cohésion des territoires. Menant des actions plurielles, il intègre dans ses missions l’innovation et la recherche, la diffusion des connaissances et la normalisation.

Culoz © Getty