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Tête à tête avec Météo-France

Publié le 21/01/2021
Quand on pense climat, on pense Météo-France. Il est donc naturel, pour ne pas dire évident, que cet institut historique soit au cœur du SCO France. Jean-Michel Soubeyroux, Directeur Adjoint Scientifique de la climatologie et des services climatiques, éclaire les motivations, les apports et les attentes de Météo-France vis-à-vis du Space Climate Observatory.

En tant que professionnel du climat, comment décrivez-vous le changement climatique actuel ?

Jean-Michel Soubeyroux : Pour moi, le changement climatique est quelque chose que l’on vit au quotidien et qui concerne pratiquement toutes nos activités. S’il est aujourd’hui ressenti par les populations, pour nous climatologues, le constat de son existence est démontré depuis longtemps. Il me semble que le virage a eu lieu en 2003, avec la vague de chaleur meurtrière en Europe. Et effectivement, alors qu’auparavant on ne le voyait que sur des séries temporelles, le changement climatique est devenu une évidence avec la succession d’évènements climatiques majeurs depuis ces deux dernières décennies. Pour toutes les personnes qui veulent bien considérer cette question, et notamment les politiques, la lutte contre le changement climatique et la question de l’adaptation des territoires est l’enjeu majeur de notre société.

Jean-Michel Soubeyroux ©Météo-France

Jean-Michel Soubeyroux ©Météo-France

Comment avez-vous accueilli l’annonce de la création du SCO ?

JM.S. : Partenaire de longue date du CNES, Météo-France a été associé à la naissance du SCO dès le début. Nous avons participé à l’exercice de brainstorming initial, nous avons vu le concept émerger et la direction à prendre s’éclairer ! Peut-être même a-t-on, humblement, contribué à faire du SCO ce qu’il est aujourd’hui : une approche innovante de l’adaptation au changement climatique en plaçant l’imagerie spatiale au cœur du service et non comme une simple composante. J’apprécie également particulièrement la volonté de co-construction avec les acteurs des territoires.

Météo-France est, en toute logique, un membre incontournable du SCO France. Pourquoi est-ce une opportunité pour votre institution, qu’en attendez-vous ?

JM.S. : Opérateur public sur le climat, Météo-France compte parmi ses missions d’appuyer les politiques publiques sur le climat. Or l’initiative SCO est tout à fait originale et porteuse d’avenir sur les services pour l’adaptation des territoires. Il est donc naturel pour nous de suivre cela et d’apporter un éclairage sur la partie sciences du climat, de façon à ce que les services développés portent bien cet ADN climat. Le SCO France soutient des projets efficients et utiles, mais nous n’en sommes qu’au début, il faut à présent confronter pratique et théorie. Les premiers projets sont lancés et sont en train de démontrer que les idées développées pour concevoir le SCO fonctionnent.

Vos équipes sont déjà de grandes utilisatrices de données satellite. Le SCO va-t-il vous permettre d’aller plus loin avec l’outil spatial en matière de changement climatique ?

JM.S. : Il est encore un peu tôt pour le dire mais c’est ce que l’on imagine ! Au travers du SCO, nous essayons de contribuer à l’émergence des services d’imagerie pour le changement climatique qui pourront modifier, voire révolutionner, la façon dont on traite certains sujets. Plusieurs domaines d’applications devraient pouvoir bénéficier pleinement de ces nouveaux services, je pense particulièrement à la ville et aux problématiques des ressources en eau. Tout cela ne peut se faire qu’en partenariat et c’est bien la force du SCO : mobiliser des compétences dont ne dispose en propre aucun organisme seul.

Météo-France est actuellement impliqué dans deux projets du SCO France, Flaude et Thermocity. Pourquoi ceux-là, quel est l’apport de Météo-France à ces projets ?

JM.S. : Ces projets montent bien les deux piliers du SCO : spatial et climat. Flaude, au cœur duquel je suis directement impliqué, traite de la problématique des inondations et de la résilience du territoire face au risque d’inondations méditerranéennes. Météo-France a intégré ce projet en premier lieu  pour montrer comment on peut se saisir de la problématique des inondations aux échelles du climat : on réfléchit avec les autres partenaires du projet à la façon dont les différents aménagements aggravent ou, au contraire, réduisent la vulnérabilité du territoire dans le contexte du changement climatique. C’est un sacré défi ! D’ailleurs Copernicus Climate Change Services (C3S) a choisi ce projet pour soutenir le SCO, ce qui a encore renforcé l’idée que Météo-France y participe comme interface entre les services Copernicus sur le climat et les actions sur l’imagerie spatiale. À ce titre, nous étudions la réplicabilité du projet sur d’autres territoires en France ou en Europe, pour laquelle nous testons divers produits mis à disposition par C3S.

Plaides emballes sur l'aide © Flaude

Image satellite Pleiades traitée pour l'analyse des embâcles © Flaude

Thermocity pour sa part ouvre de nouveaux horizons pour l’adaptation de la ville dans ses différentes thématiques. L’imagerie spatiale haute résolution apporte une « photo » à un moment donné des températures en ville et des performances énergétiques, et Météo-France intervient pour son expérience en matière de  modélisation du climat de la ville et les différents scénarios d’urbanisme. Avec une vision plus complète, les cartographies résultantes pourront offrir de nouveaux services sur les effets d’ilots de chaleur - ou de fraîcheur - urbains, les performances énergétiques des bâtiments etc. Au final, l’exercice consiste à développer une constellation de services climatiques pour la ville, complémentaires et cohérents.

Dessin Thermocity © SCO

© SCO

Quel futur voyez-vous pour le SCO ?

JM.S. : Le changement climatique sera de plus en plus « sur l’agenda politique » et les territoires vont devoir lancer des initiatives en matière d’adaptation. Entre observations au quotidien, analyse des évènements et projections futures, le SCO amène une famille d’outils très utiles aux territoires pour aborder ces questions. Personnellement, je suis persuadé de l’intérêt et de la réussite de cette approche par imagerie spatiale pour les services sur l’adaptation. Mais le sujet porte une dimension politique importante, et je pense que l’avenir du SCO dépend en grande partie de la place que les territoires donneront aux questions d’adaptation, selon qu’elles en feront un sujet opérationnel ou prospectif.

 

Météo-France est le service météorologique et climatique national en charge de la prévision du temps, de la mémoire du climat passé et de l’étude du climat futur, en appui aux politiques publiques. Une des forces de l'établissement est de couvrir tous les champs de l'opérationnel à la recherche, à toutes les échelles de temps et d'espace. Service de référence au plan international, Météo-France joue un rôle significatif au sein des principaux organismes de coopération météorologique comme l'Organisation météorologique mondiale (OMM) ou le Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (CEPMMT).

3 cyclones sur l'Atlantique © Météo-France