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Tête à tête avec le PNUD

Publié le 02/04/2021
Agence principale des Nations Unies pour le développement, le PNUD (Programme de développement des Nations Unies) contribue par ses activités à la réalisation des Objectifs de Développement Durable dans quelques 170 pays et territoires. Avec des valeurs et des ambitions communes, il adhère au SCO avec enthousiasme, à la fois comme utilisateur et comme partenaire. Bertrand Frot, Deputy CIO du PNUD, nous conte quelques « histoires locales » qui, avec l’aide du SCO, pourront profiter à des millions de personnes.

Qui est le PNUD et quels enjeux porte-t-il ?

Bertrand Frot : Le PNUD travaille aux côtés des autres agences de l’ONU, principalement la Force de maintien de la paix, le Haut Commissariat pour les réfugiés, le Programme alimentaire mondial et le Fonds pour l'enfance. La mission du PNUD consiste à éradiquer la pauvreté extrême et à œuvrer en faveur d’un développement économique harmonieux. Cela passe notamment par l’organisation d’élections - et la remise en place d’un état de droit quand cela est nécessaire - puis par le développement économique et, désormais, par des objectifs de développement durable (ODD), dont la question climatique. Le PNUD axe donc son action autour de trois enjeux : les migrations, les inégalités et le changement climatique.

Bertrand Frot © PNUD

Bertrand Frot © PNUD

Les impacts du changement climatique s’intensifient et côtoient d’autres problèmes. Nous assistons déjà à des flux migratoires rarement vus dans l’histoire. Mais on ne déplace pas des pions sur une carte : ce sont des personnes qui ont des vies, des métiers, des revenus, des enfants scolarisés. Comment peuvent-elles anticiper ce qui va se passer et comment agit-on tous ensemble ? Notre premier objectif est de faire en sorte que, dans l’esprit de tous, la nécessité de s’adapter au changement climatique bascule de la théorie à la réalité. À la faveur de projets de développement, les changements à opérer peuvent être considérés comme une opportunité, une démarche plus volontaire que subie.

Pourquoi le PNUD a-t-il décidé d’adhérer au SCO International ?

B.F. : Au cœur de nos préoccupations, les impacts du changement climatique sont un terrain encore relativement neuf. Nous savons qu’il existe des problèmes en cascade, qu’il faut traiter au plus tôt car ils ont un effet boule de neige sur l’économie. Par exemple, nous nous sommes aperçus il y a environ deux ans – juste avant d’intégrer le SCO – qu’en Indonésie, des crues moins fréquentes mais beaucoup plus violentes ont des impacts dramatiques sur la culture du riz mais aussi sur la logistique, jusqu’à remettre en cause le nombre de récoltes annuelles. Pire : quand les crues inondent hangars et routes, la récolte pourrit sur place ou dans les camions. Au final, jusqu’à 80% des récoltes peuvent être perdues. Et cette histoire se répète au Vietnam, sur le continent Africain, en Amérique du Sud… Nous voulons faire prendre conscience que les impacts du changement climatique sont des problèmes d’économie « de village », voire de survie si on parle des iles du Pacifique, peu à peu submergées par la montée du niveau des océans.

Présent dans 170 pays, le PNUD veut profiter de tous ces exemples pour que les solutions trouvées bénéficient au plus grand nombre, ce qui passe par des modèles scientifiques. Or la communauté spatiale inclut des scientifiques de très haut niveau, elle a l’habitude de travailler en coopération internationale et possède la culture de l’ouverture. Je vois donc un mariage idéal : en combinant les données spatiales du SCO aux données locales du PNUD, nous pourrons bâtir des modèles pour mieux prévoir les impacts du changement climatique, orienter des investissements et des actions au niveau gouvernemental, local et des citoyens. C’est pour cela que le PNUD croit au SCO et qu’il est fier d’en être un membre fondateur : pour que les leçons prises au Vietnam servent au Mozambique, que celles prises en Ouganda profitent en Indonésie et au Honduras et ainsi de suite pour, au final, aider des centaines de millions de personnes à partir de quelques études.

Vous évoquez l’action des citoyens. Pouvez-vous préciser ?

B.F. : Si l’action des gouvernements est indispensable, l’implication des citoyens est tout aussi importante. Avec l’open data dans son ADN, le PNUD souhaite partager ses modèles avec le public, pour que chacun comprenne quel est l’impact dans sa ville, son village, sa rue. Prenons l’exemple de Saint Louis du Sénégal où s’ouvre une brèche par laquelle monte la mer : informés de la situation et de ses répercussions, les habitants vont spontanément penser « si l’eau arrive jusqu’ici, ce sont mes déchets qui vont polluer, des pêcheurs qui n’auront plus d’activité, la mangrove aura disparu » etc. Dès lors, ils pourront investir et s’adapter pour préserver leur cadre de vie.

« Nous sommes des industriels du développement avec la capacité de faire du « repeat business » pour répliquer les actions efficaces. »

Vous soutenez déjà trois projets du millésime SCO 2020 : OSS Saint Louis, Lac Tchad et Viet-RRO. Pourquoi ceux-là ?

B.F. : Car ils sont représentatifs de problèmes mondiaux en des lieux où le PNUD cumule des années de recherche et d’études. Saint Louis du Sénégal voit s’accélérer l’érosion de ses côtes, tout comme la Normandie, Haïti, l’Équateur, les États-Unis… Le Lac Tchad souffre pour sa part d’un mix redoutable : températures extrêmes, nappe phréatique fragile et importantes migrations temporaires avec les problèmes de sécurité associés. Le Vietnam enfin est emblématique de pays ou les plus pauvres tirent l’essentiel de leur économie d’une agriculture qui subit toujours plus de désastres climatiques.

Vous êtes-vous positionnés sur de nouveaux projets du millésime 2021 ?

B.F. : Aucune de nos propositions n’a été labellisée car, gens de terrain que nous sommes, nos projets sont très locaux, comme la préservation des forêts sur les plateaux turcs. Ces projets sont déjà financés par de l’argent public avec des objectifs d’abord locaux et une obligation de résultat. Se pose également un problème de cohérence des données, entre des échantillons terrain parfois trop petits pour s’associer à des données spatiales. Nous travaillons donc ardemment sur nos soumissions à la prochaine génération de projets.

Quel futur voyez-vous pour le SCO ?

B.F. : Le coût de la lutte contre le changement climatique est colossal ! Personne, aucun gouvernement ni aucun privé, n’a la capacité de payer. Il est crucial que les investissements consentis soient rentables et bien utilisés pour bénéficier au plus grand nombre, ce qui passe par des données et des modèles scientifiques. En cela, le SCO est un facilitateur, entre les pays et les projets, un rôle absolument essentiel pour l’avenir, qui doit rester entre des mains scientifiques et indépendantes. J’espère donc que la coopération va s’étendre géographiquement car encore peu de pays ont des agences spatiales. Avec ces données fantastiques, nous aurons des outils de modélisation et de communication.

Le mot de la fin ?

B.F. : Merci à la France et au CNES d’avoir lancé le SCO, une initiative extraordinaire, et merci à la communauté scientifique de s’y être lancée avec enthousiasme. 30 pays unis en si peu de temps, c’est fabuleux. Que chacun vienne apporter ses données pour qu’elles profitent aux autres le plus vite possible.

 

Le PNUD, Programme des Nations Unies pour le développement, est l’un des principaux organismes multilatéraux de développement contribuant à éradiquer la pauvreté et à réduire les inégalités et l’exclusion. Il prône le changement et relie les pays aux connaissances, expériences et ressources dont leurs populations ont besoin pour améliorer leur vie.